Galerie Détour, Jambes, Belgique,
du 4 septembre au 13 octobre 2007

"Couleurs, installations."

Ce que Philippe Luyten nous montre ressemble à de la peinture ou alors de la sculpture… En réalité ce serait plutôt sonore, voire acoustique. Ce phénomène qui produit, propulse et gère les ondes afin qu’elles créent le lieu, définissent l’espace, nous désigne les limites par le jeu des échos et des écrans qui réverbèrent les sensations. Où en sommes-nous dans notre rapport au mur ? Fermons les yeux et regardons… Au début l’esprit doute. Puis, passé le premier instant de vertige, le réel n’est plus nécessaire. L’onde vibre, cogne, les vibrations nous pénètrent, l’espace se définit, l’écho de la fenêtre, la mémoire du mur, la respiration de la matière, le sourire du vide, le souffle de la perception, l’ouverture, la béance propice à la construction de soi, et tous comptes faits : la vie… oui, c’est effectivement au pied du mur qu’on voit le mur.

On se tient debout face au mur. Devant soi, à hauteur du visage, une petite surface est suspendue et devant elle un bâton posé au sol prend appui un peu plus haut. Les deux éléments en dialogue sont peints de tons finement dégradés de couleurs indicibles, indéfinissables, voire impossibles. La rencontre n’éveille pas d’anecdote, tout au plus des bribes d’évocations. Comme les improbables épousailles d’un sfumato léonardien avec la canne sociologique de Wodisko ou encore Rothko en chemin pour Compostelle, Cadere dans le brouillard ou encore… Mais, aussitôt passé le défoulement des références, revenons à ce qui est là. Les bâtons et les petites surfaces finement colorés qui ont été disposés par couples ou petits groupes en interdépendance dans un lieu clinique ne nous sont pas présentés pour une lecture imagière ni un éventuel plaisir sensoriel. Ici, les couleurs sont suspendues dans une relation à la surface du mur et à l’espace de la pièce. En l’occurrence il s’agit bien de structure du lieu, de mesurage d’espace, de perméabilité des limites, de sondage des épaisseurs et de préhension de l’au-delà de… un métalangage, en somme. Les éléments disposés ça et là sont autant de portes et de fenêtres. Tant pis si l’architecte y perd équerre et compas, mais le lieu s’en trouve transformé, muté, inversé, percé, éclaté même, dissout, pulvérisé peut-être.

Philippe Luyten fait des portes et des fenêtres. Tout ça s’ouvre et ce faisant révèle l’au-delà des murs. Là où se désignent d’autres espaces entre de nouveaux murs avec en abîme encore des portes et de nouvelles fenêtres… Le plasticien installe le minimum de signes qui modifient la perception du lieu par la confrontation des deux objets, synthèses de la mythique dualité: nature-culture. Ici, l’artiste n’est pas un menuisier mais l’acousticien qui nous dit: « Ecoute le lieu te parler de toi. Au-delà du mur il y a le mur mais celui-ci c’est le vrai mur, celui qui n’appartient qu’à toi tant il te ressemble, celui que tu fais, celui dont tu es issu, celui dont tu es le destin… Au royaume des borgnes, l’aveugle est roi! »

Stéphan Gilles, août 2007.

http://www.lavenir.net/cnt/41115