intervention à l'entrepôt Lock'o, dans le cadre de chambres avec vues, parcours d’artistes de la ville de Namur, 17/18 et 24/25 mars 2012.

le lieu d’intervention est le sous sol de l’ancienne papeterie Intermills, à Saint Servais, qui a fermé ses portes au début des années 80.
en 2002, le lieu a été racheté et assaini par une société qui s’occupe de stockage et divise les lieux selon les besoins de ses clients. Une partie des lieux est donc utilisée alors que les sous sols sont encore quasi dans l’état de l’époque de la fermeture.
lors de la visite des lieux, à l’automne, je découvre l’ancien local social. c’est le seul endroit bénéficiant d’une lumière naturelle, passant à travers des fenêtres sales. Le sol est un béton d’un vert foncé et les murs sont peints dans des nuances de verts, défraîchis et salis par le temps. La forme du lieu est trapézoïdale car le bâtiment suit le cours du Houyoux, petite rivière utilisée également pour les besoins en eau de l’usine. dans cette salle, le temps s’est arrêté, suspendu. le lieu est vide, seules des traces de l’usage, des salissures incrustées aux murs qui marquent l’emplacement d’un mobilier disparu.

il y aura deux autres visites de reconnaissance, pour des photos et des mesures. mais aucune idée bien précise de l’occupation du lieu pour l’expo, simplement un ressenti, une attirance pour cet espace à dimension humaine.

le projet s’élaborera peu à peu, laisser du temps au temps. glaner des informations sur l’histoire du lieu … plusieurs idées émergeront, prendre des notes, quelques croquis.

ensuite, ce qui émerge, c’est le désir (l’évidence) de laisser le lieu en l’état. être de passage. tenter de révéler le lieu, d’évoquer. et m’en aller ensuite en rendant le lieu au temps et à sa vie propre, à un nouvel engourdissement.

travailler avec les bâtons réalisés pour une expo précédente, en leur donnant un autre statut, et le choix se porte sur ceux qui rayonnent d’une lumière colorée rouge… c’est presque l’air qui se colore, en relation étroite ( complémentaire) avec le vert dominant du lieu, et surtout le vert sombre du sol.
au lieu d’être posés contre ou accrochés au mur, les bâtons seront suspendus, à quelques centimètres du sol. L’idée est d’utiliser une bande de papier blanc sur le sol à usage de réflecteur du rouge.

quand je lis le souvenir d’un voisin qui raconte que le Houyoux se colorait des encres utilisées par l’usine et variait de teinte au gré des colorants utilisés, les choses se mettent en place : je me souviens avoir filmé et photographié une autre rivière de la province, colorée par de la fluorescéine pour un traçage de la région wallonne… ces images vont trouver une place dans l’installation.

une zone consacrée aux bâtons colorés, une série de photos de la rivière colorée une projection de la vidéo de cette même rivière.

la couleur de cette vidéo - vert/jaune lumineux, quasi fluo – va me guider dans le choix des fils pour la suspension des bâtons. Un temps pour le montage du dvd car la séquence vidéo fait à peine trente secondes, choisir et développer les photos, leur format.

et puis, c’est au moment de l’accrochage de l’ensemble, de l’installation, que les différents éléments prennent leur dimension, prennent leur place. c’est aussi le moment des corrections, des ajustements au lieu. Ainsi, le papier réflecteur (trop sensible à l’humidité du sol) est remplacé par des bandes de pvc blanc plus stables et au pouvoir également réfléchissant. L’emplacement de la suspension est guidé par les fixations possibles au plafond. les photos non encadrées sont simplement fixées par des épingles. au moment de positionner le projecteur, des questions d’axe, d’interdépendance mais aussi d’autonomie des éléments du dispositif se posent. c’est là aussi que la relation au lieu va guider les choix. les bandes réfléchissantes sont positionnées en lien avec le mur oblique du lieu. La vidéo est décalée de l’axe des fils de suspension des bâtons. De manière à occuper le lieu, à créer une circulation. relier les divers éléments de l’installation tout en laissant chacun prendre sa place indépendamment des autres.

enfin, la présence toute proche du Houyoux permettra de se passer du son de la vidéo. en ouvrant les fenêtres, le son de l’eau toute proche s’amplifie dans le local et lui donne encore une autre dimension.

définition : l’ INSTALLATION est un genre de l’art contemporain qui désigne une œuvre combinant un ou plusieurs médias en vue de modifier l’expérience que peut faire le spectateur d’un espace singulier ou de circonstances déterminées. c’est tiré de Wikipédia, et ça me semble assez juste.

Philippe Luyten
29 mars 2012