TGD 4, organisé par le CAP,
Tambacounda, Sénégal, décembre 2004.

Lèr / Mélo

Intervention sur l’ancienne maison de l’adjoint au préfet. Peinture acrylique blanche, pigments. Environ 15 mètres de long sur 1,5 mètre de haut.
C’est toujours une aventure que de quitter son atelier et ses références quotidiennes pour réaliser un travail artistique… C’est accepter de perdre ses repères, de mettre entre parenthèses un certain confort de travail pour s’ouvrir à l’inconnu, à la rencontre…
TGD4, par son organisation, permettait de dégager les artistes invités des soucis du quotidien. Logement, repas, organisation étaient pris en charge et laissaient donc toute liberté pour être « entiers » à notre recherche artistique.
La rencontre de Tambacounda aura permis, en ce qui me concerne, des retrouvailles, de nouvelles rencontres dont certaines, immédiates et très denses, et une réalisation qui s’inscrit bien dans mes préoccupations artistiques.
C’est au hasard d’une promenade dans la ville, à la recherche d’un lieu de travail que l’ancienne maison de l’adjoint au préfet s’est dévoilée…
L’intérieur du bâtiment n’a pas changé, il est simplement révélé par une lumière neuve, autre, intangible qui se charge de la couleur des pigments et varie au gré de la journée…
Ce halo de lumière colorée, est-ce de la sculpture ? Est-ce de la peinture ? Ou une installation ? Je n’en sais trop rien…
Mais est-ce vraiment nécessaire d’enfermer une discipline artistique en la classifiant ?
Je préfère m’en tenir aux émotions partagées par ceux qui ont visité l’espace et parlaient de poésie, de sensibilité, de subtilité, de nuances.
Je souhaiterais remercier chaleureusement toute l’équipe qui a organisé cette rencontre et m’a permis de travailler en toute liberté. Mes remerciements vont aussi aux organismes officiels qui ont permis la tenue de TGD4 en le soutenant financièrement et aux instances officielles de Tambacounda qui ont ouvert largement leurs portes. La Ville de Namur, Belgique, m’aura été d’une aide énorme en finançant mon billet d’avion, merci aux échevins Close et Chenoy.
Enfin, merci à toutes celles et ceux que j’ai pu rencontrer à Tamba, qu’ils soient organisateurs, artistes ou habitants. Ce qui a pu se passer, se transmettre, se partager n’est que le début de ce nous voudrons bien en faire. Je pense plus particulièrement à Eric Van Hove, à Mélanie et Moussa « Bilahi et Talahi », sans qui humainement et artistiquement, ce n’eut pas été aussi dense. Et bien sûr, cette maison source de tant d’émotions… à suivre… ?
Ce travail à Tambacounda a été réalisé en (re)lisant et en savourant « L’homme qui marchait dans la couleur » de George Didl-Huberman, Editions de Minuit, 2001.
Abandonnée depuis des années, quoique encore en bon état, occupée occasionnellement par des sans abris, parfois des ânes à la recherche de fraîcheur…, elle m’a attiré tout de suite par sa présence et la lumière terne qui y pénétrait à travers des claustras poussiéreuses. Murs percés d’ouvertures atténuant l’impact du soleil et créant une légère ventilation…
Le désir était grand de travailler ces parois, de leur rendre vie pour permettre à la lumière d’entrer à nouveau dans l’espace.
Ce fut comme travailler sur une peau…
D’abord la laver de la marque des temps, de la poussière déposée, des résidus de couleurs, des traces d’oubli…
Ensuite, lui rendre un teint frais en appliquant une peinture blanche réfléchissante à l’intérieur des alvéoles des murs…
Enfin, enduire certains orifices de pigments acquis au marché de Tamba… de manière à colorer la lumière qui pouvait se frayer un nouveau chemin à travers les parois extérieures…
Un ocre jaune reçoit la lumière du levant, un outremer fait face au midi, un ocre orangé salue le coucher du soleil.